Luzenac est mort ! Merci la LFP !

Au mois de mai dernier, la vie était rose du côté de Luzenac où le club de football vient de valider son billet pour la Ligue 2 sur le terrain. Personne ne se douter qu’à ce moment là, c’est administrativement que tout aller se jouer ! Une dernière rencontre qu’il ne fallait donc pas perdre face aux hauts dirigeants français avec en attaque la DNCG, au milieu le CNOSF ou encore l’infranchissable défenseur, la LFP !

A ce petit jeu, Luzenac va tenter une première incursion, durant le mois de juin, au sein de ce premier rideau défensif, mais le dossier du LAP ne convainc pas le gendarme financier qui en plus d’avoir rejeté certaines rentrées financiers, pointaient du doigt le stade non conforme du club ariégeois. Ces derniers ne baissent, cependant, pas les bras et reviennent à la charge, en juillet, avec notamment leur atout numéro 1, l’enceinte du Stade Toulousain, le Stade Ernest Wallon. Mais cela ne suffit toujours pas…

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La direction du LAP décide donc de la jouer plus tactique et pour tenter de contourner la DNCG, on recherche une solution entre les lignes et pourquoi pas une cohabitation avec le CNOSF (comité national olympique et sportif français) où un recours a été posé. Bonne pioche pour eux puisque ces derniers ont émis un avis consultatif favorable, mais la solide LFP veille au grain et renvoie Luzenac dans les cordes en rappelant au club qu’il ne disposait pas d’un stade «aux normes réglementaires de sécurité».

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Et le Stade Ernest Wallon? Ben justement Les Amis du Stade Toulousain, propriétaires de l’enceinte du Stade Toulousain ont fait savoir qu’ils refusaient pour le moment de signer une convention. Qu’il fallait régler certains points avant et notamment être sur que le Stade Toulousain et le LAP n’évoluerait pas à domicile la même semaine. La dernière solution semble être le Tribunal Administratif de Toulouse à qui le LAP a demandé la suspension de la Ligue 2 le temps de régler leur dossier et pour la LFP d’organiser un possible championnat à 21 club.

Le TA n’aidera, cependant, pas le club à ce moment là et décide d’annuler la procédure car dans le même temps la LFP décide, contre toute attente, de réexaminer le dossier des midi pyrénéens. Toutefois, le TA n’aura pas eu le temps de souffler puisque le dernier 2ème de national va de nouveau faire appel à eux, après le nouveau refus de la Ligue, confirmé par Jean-Pierre Louvel, membre du conseil d’administration de la Ligue.

«Nous n’avons pas d’éléments supplémentaires dans ce dossier et nous sommes dans la même situation que lors du dernier conseil d’administration le 8 août. C’est dommage pour les joueurs mais le travail n’a pas été fait par leurs dirigeants.»

Deuxième tentative donc auprès du tribunal administratif, mais rien n’y fait, Luzenac est vraiment seul sur ce coup…Le TA confirme via un communiqué le rejet de la requête ariégeoise.

« Par ordonnance du 4 septembre 2014, le juge des référés a rejeté la demande de suspension de la décision du 27 août 2014 en considérant qu’en l’état de l’instruction, et en l’absence notamment de démonstration de la jouissance effective par le club de Luzenac, conformément aux dispositions de l’article 118 du règlement administratif de la LFP, d’installations sportives susceptibles d’accueillir toutes les compétitions prévues, aucun des moyens soulevés par la SASP Luzenac Ariège Pyrénées ne paraît de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée. »

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Cette mauvaise nouvelle fait, au passage, suite au nouveau refus de la LFP d’intégrer le club sudiste en Ligue 2 le 27 aout dernier, mais aussi du CNOSF qui le 3 septembre prendra finalement la défense de la Ligue.

«Les conciliateurs estiment que la décision du conseil d’administration de la LFP du 27 août 2014n’est pas entachée d’une erreur de droit ou d’une erreur manifeste d’appréciation. Ils n’entendent en conséquence pas proposer à la LFP de reconsidérer cette décision (…) Les conciliateurs proposent à la SASP Luzenac Ariège Pyrénées de s’en tenir à la décision du conseil d’administration du 27 août 2014.»

La rencontre se termine et rien ne laisse penser que le LAP arrivera à s’imposer face aux hauts dirigeants du foot français. Afin de limiter la casse, ces derniers tentent d’être réintégrer en National pour cette saison, mais la majorité des clubs de National et le président Le Graet proposent plutôt, afin d’éviter des soucis de logistique et calendrier, d’évoluer en CFA2 une saison avant de retrouver la troisième division. Une proposition tout simplement refusée…

« Ce matin avait lieu au siège de la Fédération Française de Football une réunion sur l’avenir du LAP réunissant messieurs Le Graet, Ducros et Barthez. Au cours de cet échange, qui s’est déroulé dans une atmosphère très cordiale, Mr Le Graet a confirmé à la Direction du Club qu’il serait très difficile d’intégrer le LAP dans le Championnat de National voir dans tout Championnat nationaux. Les actionnaires du club se sont réunis dans l’après midi et refusent toute intégration hors Championnat de National. Le Club à travers son avocat demande à la Fédération Française de Football de notifier par écrit que sa demande d’intégration en Championnat National est impossible. Pour le LAP et ses actionnaires il n’est pas envisageable de jouer dans un autre Championnat que celui de National. »

Une réaction compréhensible puisque c’est comme-ci on demandait à un élève ayant obtenu le BAC de repasser son Brevet des collèges ! Quoi qu’il en soit, ce dernier communiqué de la part du LAP n’aura eu aucun effet. Le club ne jouera pas en Ligue 2 cette saison, ne défendra pas sa belle deuxième place acquise la saison dernière et devra redémarrer en DHR, soit la septième division française ! Toutes ces procédures auront donc eu la peau de ce petit club qui n’a d’autres choix que de résilier les contrats de ses 17 joueurs professionnels et de cesser les activités du staff technique et du personnel administratif du club. Une information confirmée à L’Equipe par le champion du Monde 1998, Fabien Barthez.

« Le refus d’accepter Luzenac en National équivaut à la fin de notre projet. Nous ne pouvons pas accepter de repartir en CFA2 avec des joueurs qui avaient gagné leur place en Ligue 2. Aucune promesse de remontée automatique la saison prochaine non plus. Pour nous, Jerôme et moi, c’est fini, l’histoire s’arrête là (…) On se retire du club à partir d’aujourd’hui avec Jérôme. Il faut savoir dire « stop », quand on ne peut plus lutter, on ne peut plus lutter (…) Pour Jérôme Ducros qui découvre ce milieu, il y a beaucoup de dégoût: il s’est mis à poil, il a donné beaucoup d’énergie, d’argent et un peu de sa santé (…) On ne s’attendait pas à une telle descente aux enfers. »

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Nicolas Dieuze, ex-joueur du Toulouse FC, au club depuis deux ans y est aussi aller de son petit mot :

« Le club arrête et repart en DHR, l’équipe 2 devient l’équipe 1, les joueurs sont libérés de leur contrat et sont maintenant sur le marché de l'emploi (…) Qui aurait cru que cinq mois après notre montée en L2, on se dirait ‘au revoir’ comme ça sur un parking ? Je ressens beaucoup de tristesse par rapport à ce qui a été fait depuis des années. On nous envoie en DHR à grands coups de pied aux fesses, dans quinze jours, on ne parlera plus de Luzenac. »

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Victoire par KO donc du système qui aura laisser beaucoup d’espoir, mais aucune chance à ce petit village (650 habitants). Si le LAP n’avait certes pas répondu aux attentes de la DNCG and co, cela reste une honte pour le football quand on sait que l’équipe qui avait gagné sa place en deuxième division sur le terrain, ne peut même pas retenter sa chance en National.

Direction donc le septième échelon pour eux qui en plus de cette triste issue se sont attirés les foudres du président Noël Le Graet :

« J’ai reçu les dirigeants de Luzenac hier (mercredi) très amicalement et je leur ai demandé leur situation financière, quel était le stade dans lequel ils voulaient évoluer. Je leur ai laissé le choix de me répondre vendredi ou samedi. Ils ont décidé très vite d’arrêter parce que je pense qu’ils n’avaient ni les capacités financières, ni une structure suffisante (…) Les appels se sont plutôt passés entre avocats plutôt que dans un bureau. Il aurait été peut être plus intelligent de rencontrer les gens au mois de juin dans un cadre amical pour voir si c’était possible. Ça montre que si l’on veut jouer à un niveau à peu près correct il faut déjà un bilan équilibré, ça parait la moindre des choses et des installations minimales. »

A noter que la FFF n’a pas fini d’entendre parler du LAP puisque l’un des avocats du club a expliqué dans les colonnes de L’Equipe, que ces derniers allaient demander réparation :

« Le temps va venir de fixer les demandes en indemnités à l’encontre de la Ligue et peut-être même de la Fédération. Elles n’ont pas encore été chiffrées, mais cela va atteindre plusieurs millions d’euros. »

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Pour terminer, sachez que l’Association de football amateur (AFFA) s’est montré choqué par le traitement infligé au LAP et considère cette situation comme le «symbole du foot amateur sacrifié sur l’autel du mépris.» Eric Thomas, président de l’AFFA va même plus loin et demande, dans un communiqué la démission du président de la Ligue de football professionnel (LFP) Frédéric Thiriez.

«Aujourd’hui, une certaine idée du football, faite de morale, d’éthique et de justice est morte assassinée par ceux qui sont censés défendre ses valeurs (…) La mission de la LFP était simple : rendre possible l’accession de Luzenac, l’accompagner vers le professionnalisme en l’aidant à se structurer. Tout a été fait pour empêcher cette montée acquise sur le terrain! C’est pourquoi, l’AFFA demande la démission immédiate du président de la LFP


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