Interview d’un Arbitre Français: Quel est le problème ?

Les-Transferts.com a choisi aujourd’hui d’interviewer un arbitre pour rebondir sur l’actualité et tenter de comprendre, un peu mieux, le dur métier d’arbitre ainsi que les raisons qui expliquent l’absence d’arbitre français au Mondial au Brésil en juin prochain, une première depuis 1974.

Tu es arbitre de football. Parle-nous un peu de ton expérience personnelle. A quel niveau exerces-tu, comment considères-tu  le rôle de l’arbitre et que ressens-tu sur le terrain ?

Bonjour, je préfère en effet rester anonyme, car la DNA et les CRA (Commissions Régionales d’Arbitrage) sont très au point concernant l’analyse des comportements des arbitres sur les réseaux sociaux (commentaires, blogs des clubs ou tout simplement Facebook).
J’ai commencé l’arbitrage en 2005 en tant qu’arbitre de district, puis je suis devenu arbitre de ligue en herbe et en futsal. J’ai même officié en vingtaine de fois au plus haut niveau (FFF).
Après plus de 400 matchs arbitrés, je continue car je suis désormais comme un poisson dans l’eau : connu des clubs, des joueurs et dirigeants, je prends beaucoup de plaisir car je pense avoir une personnalité à la fois « sympa » mais aussi juste, ferme lorsqu’il faut prendre des décisions.

Chez Les-Transferts.com nous nous interrogeons, pourquoi avoir décidé de devenir arbitre ? C’est parce que tu avais les pieds carrés?

C’est un peu venu de nulle part, j’en avais parlé à mon club et le président a sauté sur l’occasion pour me présenter aux cours et tests théoriques. En effet, un club de football, selon son niveau, doit disposer d’un minimum (quota) d’arbitres qui doivent eux-mêmes officier un minimum de matchs par saison (18, je crois) pour être homologués (sinon c’est l’amende).
J’ai réussi les tests et suis donc devenu arbitre officiel. Peu de monde le sait mais les Lois du Jeu (les règles, pour simplifier) sont réunies dans un bouquin de près de 300 pages, sans compter les PV de la DNA, les circulaires… qu’il faut maitriser sur le bout des doigts pour prétendre à arbitrer au plus haut niveau.

Nan plus sérieusement qu’est-ce qui t’as motivé à enfiler le maillot jaune, si ce n’est pour être cycliste? Quel plaisir tu prends quand t’es sur le terrain?

Si tu es sympa, que tu as la condition physique, une bonne connaissance des Lois du Jeu, une compréhension du football et une bonne vue, alors tu prendras du plaisir.
Si tu n’as pas tout ça, alors c’est normal qu’on t’en veuille : tu es mauvais et tu n’as rien à faire là. Il faut assumer ses responsabilités, je suis contre le discours « Même les joueurs font des erreurs » : oui, ils en font, comme dans tous les sports et cela fait partie du jeu.
L’arbitre, lui, doit être à 110 % et toujours près de l’action ou bien placé. A partir de là, il sera irréprochable et assumera ses décisions.

C’est quoi ta meilleure expérience, le match que tu as préféré? Et surtout pourquoi?

Ma meilleur expérience reste sans doute mes premiers matchs : tu es jeté en pâture, personne ne te conseille et tu te retrouves comme un blaireau au milieu de 22 joueurs avec ton sifflet, tes cartons et sans doute une dégaine improbable, j’aimerais bien revoir mon premier match !

Et la pire?

Je n’ai aucun mauvais souvenir. Le pire est quand tu fais 150 km et que le match est annulé ou reporté.

Sur les terrains de Ligue 1, on voit que les joueurs respectent de moins en moins l’arbitre, il suffit de regarder un match du PSG. Il est évident que les mecs ont vraiment trop le melon. Tu constates la même chose en amateur?

J’ai peu arbitré en bas niveau (district), là où les mecs se sont mis une mine la veille, boivent une Kro à la mi-temps. Au final, c’est là que c’est le plus drôle et qu’il y a le moins d’embrouilles : les mecs s’en tapent.

Chez les pros, une compétition s’instaure : les joueurs n’ont plus aucun amour du maillot, ce sont des mercenaires uniquement guidés par l’argent et un projet de carrière. C’est normal qu’ils aient la pression. En gros, un joueur de foot, c’est comme un homme politique : pas d’amour du maillot et la carrière avant tout.

Pour revenir au PSG, puisque tu m’en parles, j’aurais aimé que Leonardo me mette un coup d’épaule avec son 1m71 et ses 75 kilos, je l’aurais fait voler en direct.

Tu t’es déjà fait insulter, menacer, cracher dessus ou frapper ? Je sais un peu ce que c’est en district… Et dans ces cas-là, tu réagis comment?

Jamais. Contesté, oui. Mais jamais menacé, frappé ou craché dessus. 1m92 pour 87 kilos, ça doit être dissuasif.

Le fait qu’il n’y ait aucun arbitre français au Mondial, t’en penses quoi? Tous nuls comme le dit L’Equipe ?

C’est normal : la DNA et donc la CRA mène une politique de jeunisme depuis une dizaine d’années. Les arbitres sont détectés très tôt et ensuite suivis. Peu importe leur niveau tant qu’ils sont jeunes, connaissent par cœur les lois du jeu et courent comme des lapins. C’est ce qui fait que les arbitres de Ligue 1 ont tous des physiques de plumeaux et des charismes négatifs. Ça ne passe plus au niveau de la FIFA alors que le président de l’UEFA est français et que le vice-président de la FIFA l’est également. Imaginez le niveau pour se faire ainsi « éliminer ». Il y a d’ailleurs des arbitres qui viennent de l’Ouzbékistan, du Bahreïn, du Kirghizstan, du Burundi, de Fidji et de Tahiti : se dire qu’on est en-dessous de leur niveau alors que ces pays n’ont pas de championnat, ça pique…

Je peux aussi faire une parenthèse sur le copinage type « mafia » qui existe dès le niveau du district (Commission de District d’Arbitrage) et plus tu évolues (CRA, DNA), plus il faut être pote avec le président, le responsable des désignations (qui te dit où et quand tu vas arbitrer). Quand tu sais que certains arbitres font la bise et déjeunent avec des responsables, tu as tout compris… Personne ne peut intrinsèquement dire qui est le meilleur ou le pire arbitre puisque cela dépend aussi du match. Je ne parle même pas des associations comme l’UNAF ou l’AFAF auxquelles il faut adhérer pour se faire des amis dans les différentes commissions, eux-mêmes généralement affiliés ou responsables de ces associations.

Enfin, je pense qu’à 44 ans, Stéphane Lannoy aurait dû passer la main. Turpin est un cran au-dessus (même s’il fait 20 kilos). On ne voit donc plus d’arbitres virils, charismatiques (type Howard Webb) et respectés mais des gendres idéaux, la tête bien faite avec une VMA de dingue. C’est sympa, mais comme le prouve le choix de la FIFA : pas suffisant.

Si t’avais été un arbitre professionnel, t’aurais été qui? Me dis pas Collina, alias Belphegor, le mec est chauve et italien.

J’aurais été Wolfgang Stark. Rien que s’appeler Wolfgang Stark, ça éclabousse, non ?

Oui.


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A propos de l'auteur

pense que le football est la chose superficielle la plus importante du monde

1 commentaire pour “Interview d’un Arbitre Français: Quel est le problème ?

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