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Les locaux réagissent à la réticence des clubs européens à voir leurs joueurs rejoindre la CAN

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Can 2021 reticence des clubs europeens à envoyer leurs joueurs

La 33ème édition de la Coupe d’Afrique des Nations a finalement pris place au Cameroun. Après de nombreuses rumeurs d’annulation et de report, la fête du football africain a pu débuter comme prévu le 9 janvier dernier. Si les sourires sont sur tous les visages au Cameroun, les populations n’en oublient pas les réticences que certains clubs européens ont pu avoir vis-à-vis de la compétition. Découvrez un article grand format dédié à une thématique qui n’aura cessé de défrayer la chronique.

Les clubs étrangers ont tardé à libérer leurs joueurs

Fin-novembre 2021. La CAN est dans moins d’un mois que déjà, le pays hôte termine ses préparations. Entre rénovations de stades et construction de nouvelles infrastructures n’ayant rien à envier aux géants européens, la fédération camerounaise de Football semble bien déterminée cette fois-ci. Destitué de la compétition en 2019, le Cameroun rêvait de mieux pour l’édition 2021. Pourtant, les quelques retards pris dans la finition des stades ont interpellé de nombreux médias européens. Le pays sera-t-il prêt le 9 janvier prochain ?

Pour ne rien arranger, le Covid choisissait de revenir sur le devant de la scène, sans doute plus contagieux que jamais, faisant frissonner le football européen en particulier. Si certains clubs n’ont jamais été friands de voir les leur rejoindre leurs sélections au beau milieu du mois de janvier, avec l’épidémie circulant c’était encore plus compliquée. Les articles se multipliaient dans la presse pour annoncer que certaines instances comptaient libérer leurs joueurs plus tard que demandé, d’autres s’opposant catégoriquement au départ de leur star dans un contexte où les matchs ne cesseraient de se multiplier. Mais l’autre pré-occupation concernait les conditions sanitaires. Les joueurs seraient-ils mis dans les meilleures conditions ?

La FIFA ne se cachait plus vraiment. La Coupe d’Afrique des Nations a pu, aux yeux de certains, être considérée comme une compétition de second rang. Les habitants du pays, de toute classe sociale et ethnie n’ont pas vraiment compris toutes ces déclarations dans la presse. Comme si les institutions européennes souhaitaient que la compétition soit annulée.


« La FIFA ce sont des Européens et tant que ce sera comme ça, le même problème va se poser à chaque compétition. »

— Brice, supporter camerounais

Qu’avez-vous pensé de la réticence des clubs européens à laisser partir leurs joueurs pour la Coupe d’Afrique des Nations ?

Fredo, franco-camerounais : « C’est très discriminatoire parce qu’effectivement, c’est une compétition qui n’est pas assez mise en avant dans le sens où les championnats se jouent en même temps. Je trouve qu’il y a quand même un non-respect du football africain comparé aux compétitions mondiales, Euro et même Copa America. Aujourd’hui, demander aux joueurs de choisir entre leur club et leur nation c’est assez mal vu à mon sens. »

Anonyme, camerounais : « J’ai d’abord pensé que c’était par rapport au Covid. Que peut-être ils craignaient de voir leurs joueurs revenir malades, ce qui aurait pu poser un handicap dans les clubs. Je me suis aussi dit que c’était un manque de respect pour la compétition parce qu’est c’est d’abord un moyen pour les Africains de se réconcilier. En Afrique, il y a trop de guerres, de la souffrance et des divisions. »

Brice, camerounais : « C’est du sabotage. Du sabotage de la CAN de la part des européens. Ils ont toujours eu un problème avec nous. C’est parce qu’ils ne nous prennent pas suffisamment au sérieux. J’ai l’impression qu’ils nous voient même comme une menace. Le fait que leurs « grands joueurs » soient les nôtres et que notre compétition brille grâce à ces joueurs-là est une menace pour eux. De manière général, il y a toujours ce regard un peu étrange, plein de fascination, un peu condescendant de la part de l’Europe vis-à-vis de l’Afrique. Les fans de football, pas seulement africains, veulent et ont envie de voir les joueurs africains jouer dans les compétitions africaines. Ce sont nos joueurs avant d’être les leurs et ce sont nos joueurs qui font leur football. À tel point que même dans les équipes européennes ce sont des joueurs africains qui remportent les compétitions. Ils ont besoin de nous, ils ne sont rien sans nous et s’ils ne veulent pas accepter de marcher avec nous, ils vont tout perdre. »

Finalement, la majorité des joueurs ont pu rejoindre leur sélection. Si la date prévue était celle du 27 décembre, certains n’ont pu quitter leur club qu’au début du mois de janvier. Et forcément, une fois arrivé en sélection, les hécatombes de cas positifs au Covid-19 ont pu handicaper certaines sélections. À la même image, les matchs de préparation ont eux-mêmes étaient impacté avec des effectifs pas encore au complet. Forcément, les locaux ne sont pas passés à côté de l’info et ne l’auront pas toujours vu d’un très bon œil.

La FIFA est hiérarchiquement supérieure à la CAF. On peut néanmoins s’interroger sur les réelles ambitions de la plus haute instance du football mondial, vis-à-vis de la compétition continentale. Les pourparlers et accords oraux se sont multipliés, et la CAF a finalement accepté les demandes venues de l’autre côté de la mer Méditerranée. 

Pensez-vous que la CAF se soit d’une quelconque manière plier aux exigences de la FIFA ?

Fredo, franco-camerounais : « Je pense que la FIFA n’était pas trop pour la tenue de la compétition, surtout dans le contexte dans lequel on vit, avec le Covid et les mesures sanitaires. Mais je pense qu’effectivement la FIFA a une certaine influence sur la CAF. Après, ce qui est bien, c’est que la CAF a su tenir le coup et maintenir cette compétition. »

Anonyme, camerounais : « Effectivement. »

Brice, camerounais : « La CAF s’est pliée aux instructions de la FIFA. Mais c’est un peu complexe parce qu’il y a une hiérarchie, donc je me dis que c’est difficile de refuser frontalement. Mais en même temps ils ont aussi usé d’intelligence et de stratégie pour obtenir les joueurs. Parce qu’au finale, les joueurs sont venus après quelques négociations. C’est compliqué parce que le football africain est un peu subordonné au football européen. La FIFA ce sont des européens et tant que ce sera comme ça, le même problème va se poser à chaque compétition jusqu’à ce qu’il y ait des africains avec des positions importantes à la FIFA. »

En 2019, la Coupe d’Afrique des Nations qui se tenait en Égypte prenait place en été. Décision prise par la CAF pour ne plus avoir à trop débattre avec les clubs européens. À cette période, ni les compétitions nationales, ni même les préparations n’étaient vraiment impacté. Les joueurs étaient plus ou moins libérés sans trop de difficultés et s’en allaient pour disputer la Coupe qu’ils aspiraient tous à gagner. Une date qui convenait finalement à la majorité.

Mais au travers de ce récent exemple, certains ont pu oublier que la Coupe d’Afrique des Nations se jouait depuis toujours en période hivernale en Europe, pour éviter des conditions climatiques difficiles en été avec la saison des pluies notamment. Il était donc normale, même logique, de voir la compétition assignée au mois de janvier 2022 surtout dans un pays comme le Cameroun où la saison des pluies pouvait faire des ravages.Pour les clubs, la compétition africaine redevenait un handicap. Ils allaient devoir libérer certaines de leurs plus grandes stars.

Dans moins de 18 mois, la Côte d’Ivoire accueillera l’édition 2023. Cette fois-ci, la compétition aura lieu en été et reprendra son nouveau format. Peut-être que les plaintes vis-à-vis du climat seront moins grandes et les esprits plutôt tournés vers les différentes rencontres.

Qu’espérez-vous/qu’attendez-vous de la CAF pour les futures éditions si de nouveaux bloquages revenaient sur le devant de la scène ?

Fredo, franco-camerounais : « Je pense qu’avec une compétition comme ça (CAN 2021), ça montre que la CAF est effectivement capable de prendre des bonnes décisions dans le meilleur cadre donc ça montrera à la FIFA qu’ils ont effectivement eu tort de dire qu’il fallait annuler, voire reporter cette compétition. La CAF devra commencer à tenir son rôle et prendre de meilleures décisions par rapport à tout ça.

Anonyme, camerounais : « Je pense que dans les jours à venir la CAF devrait poser des bases. C’est vrai que la FIFA est le patron de la CAF mais elle devrait poser des bases pour représenter la volonté des africains et expliquer comment nous fonctionnant en Afrique. Elle ne doit pas seulement laisser la FIFA marcher sur elle. »

Brice, camerounais : « D’une part les joueurs en eux-mêmes devraient solliciter leurs coéquipiers non-africains pour qu’ils les soutiennent au travers par exemple du boycott des matchs. Ainsi, cela permettrait de dire que tant que les joueurs africains n’ont pas rejoint leur sélection, personne ne joue. Le but serait de contraindre les clubs et la FIFA en particulier à laisser jouer les joueurs pour leurs équipes nationales. »

Direction 2023, prochaine édition de la CAN

Alors voilà, toutes ces oppositions et déclarations n’auront pas empêché à la fête du football africain de prendre place au Cameroun. La compétition a bel et bien commencé et le cœur des locaux est à la célébration. Pour un pays comme le Cameroun, terre connue et reconnue du ballon rond au sein du continent, organiser une Coupe d’Afrique des Nations signifie bien plus que des retours sur investissement.

2023 c’est bientôt, mais 2022 est l’année du pays de Roger Milla et Samuel Eto’o. Beaucoup critiquée à tort et à raison, la CAN aura finalement pu mettre en lumière certaines incompréhensions que pouvaient partager les plus grandes institutions. Les habitants du pays espèrent plus de considération pour la compétition la plus suivie du continent africain. Pleine de rebondissements, cette nouvelle édition aura une nouvelle fois prouvé que le talent était certes omniprésent dans les clubs européens, mais qu’il était bien loin d’être une denrée rare au sein du continent.  

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